Il claque la porte et disparaît dans sa chambre pendant des heures. Elle se mure dans le silence et répond par monosyllabes pendant trois jours. Il explose pour un détail, puis fait comme si de rien n’était. Toujours le même scénario : elle encaisse, encaisse, encaisse et puis un soir, tout sort d’un coup.
Deux expressions. Deux visages. Un seul schéma en dessous.
Dans l’entourage, on attend. On se dit que c’est l’âge, que c’est passager, que dans quelques années ce sera fini. Parfois, ça passe en surface. Mais souvent, ce n’est pas la colère qui disparaît. C’est simplement l’endroit où elle se cache qui change.
- L’adolescence : quand tout remonte à la fois
L’adolescence n’est pas une simple période de transition. C’est un séisme intérieur et il touche les garçons comme les filles, même s’il ne fait pas le même bruit.
Le cerveau se recâble en profondeur. L’amygdale, ce centre d’alarme émotionnelle, est en surrégime. Le cortex préfrontal celui qui régule, nuance, dit “attends, réfléchis” est encore en construction jusqu’à 25 ans. Ce décalage neurologique est réel, universel, et ne dépend pas du genre.
En revanche, ce que la société fait de ce décalage est très différent selon qu’on est un garçon ou une fille. Et c’est là que tout commence à bifurquer.
- Garçon ou fille : la même colère, des chemins différents
- Colère chez l’adolescent: Ce qu’on apprend aux garçons
Très tôt, un garçon reçoit des messages clairs sur ses émotions : la tristesse doit se taire (“Les garçons ne pleurent pas”), la peur doit se dominer (“Sois courageux”), la vulnérabilité est une honte (“T’es pas une fillette”).
La colère, en revanche, est souvent la seule émotion qu’on lui autorise. Elle ressemble à de la force. Elle est tolérée, parfois même valorisée “il a du caractère.”
Ainsi, le garçon apprend à faire passer toutes ses émotions par le seul canal qui lui est ouvert. La tristesse sort en colère. La peur prend la même forme. L’impuissance aussi tout comme la honte.
Il ne fait pas semblant. Il n’a tout simplement pas appris qu’il existait autre chose, et personne ne lui a donné les mots pour descendre sous la surface de ce qu’il ressent.
Par conséquent, ce garçon là, à 30 ans, sera peut-être l’homme qui explose pour des détails qui ne sait pas ce qu’il ressent vraiment, qui confond être touché et être faible.
- Colère chez l’adolescent: Ce qu’on apprend aux filles
Pour une fille, c’est presque l’inverse. La colère est rapidement réprimée : une fille en colère est “difficile”, “dramatique”, “hystérique”. En effet, on attend d’elle qu’elle soit douce, agréable, accommodante qu’elle gère, sans déranger.
Dès lors, elle apprend à avaler. À sourire quand elle rage. À formuler sa colère en question polie. À s’excuser d’avoir ressenti.
Pourtant, la colère ne disparaît pas. Elle prend d’autres chemins. Elle devient rumination. Elle se transforme en crises soudaines, disproportionnées aux yeux des autres, parce que c’est toujours la goutte d’un réservoir plein depuis longtemps. Finalement, elle devient honte profonde après l’explosion “tu vois, tu es incontrôlable.”
Ce cycle colère honte, qui commence souvent à l’adolescence, continue bien au-delà.
- Ce que la colère de l’ado essaie vraiment de dire
Peu importe le genre, la colère est une émotion d’alerte. Son rôle : signaler qu’une limite a été franchie, qu’un besoin n’est pas satisfait, qu’une injustice est ressentie.
Chez l’ado, ce que la colère signale est presque toujours bien plus profond que ce qui déclenche la crise. Voici ce qu’elle peut dire :
- Je ne me sens pas vu tel que je suis vraiment.
- Je ne contrôle rien dans ma vie — alors que j’en ai un besoin vital.
- J’ai peur et je n’ai pas les mots pour le dire autrement.
- Je suis en train de perdre quelque chose — une relation, une image de moi, une certitude — et personne ne le voit.
- Je ne sais pas encore qui je suis, et ça me terrifie.
La différence, c’est uniquement la forme que prend ce message selon les injonctions reçues. Lui crie. Elle, le plus souvent, se tait jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus. Les deux sont en souffrance. Les deux ont besoin qu’on entende ce qu’il y a sous le signal.
- Quand on n’entend pas la colère : ce qui se construit
C’est ici que le schéma commence à se figer. Quand la colère d’un ado est réprimée, punie, ignorée ou renvoyée avec encore plus de colère, elle ne disparaît pas elle apprend simplement à se cacher autrement.
Premier chemin : le retrait
L’ado arrête d’exprimer et se mure dans le silence. De l’extérieur, ça ressemble à de l’indifférence, parfois à de l’arrogance. En réalité, c’est une forme de survie émotionnelle : s’exprimer coûtait trop cher, alors il ou elle a arrêté.
Deuxième chemin : le déplacement
La colère ne sort plus à la maison. Au contraire, elle s’exprime ailleurs dans les relations amicales, les comportements à risque, les relations amoureuses ou face aux figures d’autorité. Elle trouve des sorties de secours là où le coût social semble différent.
Troisième chemin : le retournement sur soi
C’est le chemin le plus silencieux et le plus douloureux. De surcroît, il touche particulièrement les filles, même si les garçons n’en sont pas exempts.
La colère qui ne peut pas aller vers l’extérieur se retourne vers l’intérieur. Progressivement, elle devient honte, dévalorisation, cette voix intérieure qui dit “tu es trop, tu n’es pas assez, tu es le problème.” Parfois, elle devient quelque chose de plus sombre encore — une façon de se punir pour avoir ressenti ce qu’on n’avait pas le droit de ressentir.
Dans tous ces cas, le schéma s’installe et continue de grandir.
- Le passage à l’âge adulte : la colère qui change de peau
Voilà ce qu’on ne dit pas assez : la colère de l’adolescence non traversée ne disparaît pas à 18 ans. Au contraire, elle change de forme, s’adapte, trouve de nouveaux habits.
Chez lui, à 25 ans, elle devient peut-être une incapacité à exprimer autre chose que l’agacement parce que les autres émotions n’ont jamais eu de chemin. À 35 ans, une distance affective qui éloigne ceux qu’il aime sans qu’il comprenne vraiment pourquoi. Enfin, à 40 ans, un corps qui somatise tensions chroniques, problèmes de dos, fatigue inexpliquée parce que maintenir une émotion sous pression depuis des décennies a un coût.
Chez elle, à 25 ans, elle devient peut-être une incapacité à poser des limites parce qu’exprimer un besoin a toujours été dangereux. À 30 ans, des explosions soudaines suivies de honte profonde, un cycle épuisant qui revient toujours. Quant à 35 ans, c’est une anxiété de fond sans cause identifiable, un corps constamment en alerte, une difficulté à se laisser vraiment toucher par les autres.
Le point commun de tous ces adultes ? Bien souvent, ils ne font plus le lien avec l’adolescent qu’ils ont été. Ils décrivent leurs symptômes présents sans imaginer que la racine remonte à une scène de cuisine à 15 ans à une émotion avalée des centaines de fois jusqu’à ce qu’elle devienne le fond sonore de leur vie.
- Ce qui empêche la colère de se traverser
Certaines attitudes adultes, très compréhensibles, alimentent le cycle sans le vouloir.
Répondre à la colère par la colère. Ce que l’ado enregistre : la colère se gère en criant plus fort pas en la traversant.
Minimiser. “C’est rien, ça va aller.” Ce que l’ado enregistre : ce que je ressens n’a pas de valeur. Par conséquent, l’émotion non reconnue cherche une autre sortie.
Confondre l’émotion et le comportement. La colère est légitime. Blesser ne l’est pas. Poser cette distinction “tu as le droit d’être en colère, tu n’as pas le droit de blesser” est l’une des choses les plus structurantes qu’un adulte puisse transmettre, à un garçon comme à une fille.
Vouloir résoudre trop vite. Un ado en crise n’a pas besoin d’explications dans l’instant. Au contraire, il a besoin d’une présence stable, régulée, qui lui montre que l’émotion est supportable pour toi et donc peut-être pour lui aussi.
Maintenir le silence familial sur les émotions. Dans certaines familles, personne ne parle de ce qu’il ressent pas par manque d’amour, mais par manque de modèle. Or, un ado qui n’a jamais vu un adulte traverser une émotion difficile n’a aucune raison de savoir que c’est possible.
- Ce que l’hypnose éricksonienne peut changer à tout âge
Que tu sois parent qui cherche à aider son ado, ou adulte qui reconnaît dans tout ça quelque chose de familier, voici une chose essentielle à savoir : ce schéma n’est pas gravé dans le marbre. Il a été appris. Il peut donc être défait.
L’hypnose éricksonienne travaille exactement à cet endroit pas sur les comportements à corriger en surface, mais sur ce qui les alimente depuis longtemps.
* Avec un adolescent, garçon ou fille
Les séances s’adaptent à son langage naturel, à son univers. On ne lui demande pas d’analyser ou de “comprendre” sa colère. Au contraire, on l’invite à l’explorer autrement à lui donner une forme, à entendre ce qu’elle dit vraiment, à créer un espace entre le déclencheur et la réaction.
Pour un garçon, cela passe souvent par des métaphores d’action, de maîtrise, de puissance retrouvée des registres qui résonnent avec ce qu’il valorise, sans lui demander de se mettre en position de vulnérabilité frontale.
Pour une fille, cela passe plutôt par un travail sur la légitimité de ce qu’elle ressent : lui rendre sa colère, lui montrer qu’elle n’est ni “trop” ni incontrôlable, mais simplement quelqu’un qui n’avait pas encore les outils pour traverser ce qu’elle portait.
Dans les deux cas, ce qui change en premier, c’est le plus souvent le regard sur soi. L’ado arrête de se voir comme “celui qui s’énerve toujours” ou “celle qui dramatise” et commence à voir quelqu’un qui ressent beaucoup, et qui apprend, enfin, à habiter ça.
* Avec un adulte qui porte une colère ancienne
On remonte à la source pas pour revivre quelque chose de douloureux, mais pour changer le sens donné à ce qui a été vécu. Concrètement, il s’agit de mettre à jour ces mémoires émotionnelles qui continuent d’organiser les réactions aujourd’hui comme si tu avais encore 15 ans.
Quand cette mise à jour se fait, quelque chose se dénoue. Les explosions s’espacent. La honte s’allège. Et surtout, pour la première fois depuis longtemps, il y a de l’espace entre ce qui déclenche et ce que tu en fais.
- Ce qui devient possible quand le schéma se défait
Un ado qui traverse sa colère ne devient pas sans émotion. Il ne devient pas davantage docile, lisse ou résigné.
Au contraire, il ou elle devient capable de dire “je suis en colère” avant d’exploser capable d’identifier ce qui est vraiment en jeu, et capable de choisir, de plus en plus souvent, comment exprimer ce qu’il ou elle ressent.
Ainsi, l’adulte qu’il ou elle deviendra n’aura pas à porter ce que l’ado n’a pas pu traverser. C’est ça, l’enjeu réel pas juste moins de portes claquées ce soir, mais une vie émotionnelle différente pour les vingt, trente, quarante ans qui suivent.
- Si tu lis ça en te reconnaissant, ado ou adulte
Ce schéma n’est pas une fatalité. Il a commencé quelque part. Il peut donc s’arrêter quelque part.
Que tu cherches un accompagnement pour ton adolescent, ou que tu sentes que quelque chose en toi remonte à bien plus loin qu’hier, je t’invite à en parler. Un premier appel découverte, sans engagement, pour explorer ce qui se passe vraiment et ce qui est possible pour toi.
Nour — Hypnothérapeute Ericksonienne – Val d’Oise
